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L'exposition

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L'exposition Les villes d'à côté rassemble 70 dessins ainsi que 110 photographies et vidéos provenant en majorité de jeunes vivant dans des quartiers marginalisés de quatre grandes villes, soit Montréal, Paris, Port-au-Prince et Rio de Janeiro. Cette exposition constitue un témoignage visuel et écrit des expériences vécues par ces jeunes dans les quartiers de ces villes concernées soit Grigny en banlieue de Paris, Delmas et divers bidonvilles de Port-au-Prince, la favela Rochinha à Rio de Janeiro et enfin, des arrondissements de Montréal, principalement st-Michel et Montréal-Nord. Le plus surprenant au cours de cette recherche exploratoire fut de constater la très grande similarité des propos des jeunes malgré la distance et les distinctions nécessaires à chaque contexte. L’intérêt de participer à l’expérience que nous leur proposions était celui d’être vu autrement : pour la plupart, s’il y a discrimination, cela est le produit d’un regard déformant porté sur eux en raison de préjugés, que ceux-ci proviennent d’élites, d’autorités comme la police ou encore de médias. La discrimination est le fruit de la méconnaissance et de la non reconnaissance de ce qu’ils sont vraiment, clament-ils pour la plupart. Participer à notre expérience voulait dire mieux faire connaître leur normalité (être comme tout le monde) plutôt que leur exceptionnalité (être pointé du doigt comme supposément violent ou encore mésadapté). En ce qui concerne les aspects négatifs de leur expérience, ils ont traduit le sentiment d’être abandonné des pouvoirs publics, et exactement, d’être considéré comme des citoyens de second ordre de la part d’un état jugé incompétent, et qui peut être violent et lui-même contribuer à la discrimination. L’expression de leur désir traverse l’exposition :  se faire connaître des autres, avoir droit à un regard positif, à la culture, à la beauté, à la sérénité, pouvoir créer, innover, être formé, déprendre des médias hégémoniques, pouvoir faire connaître leurs initiatives, se dégager de la honte, pouvoir vivre dans un environnement sain, sécuritaire, doté de services publics, pouvoir travailler, avoir accès à la qualité de vie.

Pourquoi ce titre Les villes d’à côté ? L’idée que nous voulions traduire est simple. Parce que la discrimination et le racisme se construisent depuis le regard de l’autre dans le contexte de rapports de pouvoir, il semblait justifié de proposer une sorte d’inversion, à l’image de ce que sont les propos discriminatoires et racistes : nous aurions pu donner pour titre Les quartiers d’à côté, mais tant de fois les jeunes ont insisté sur le regard porté sur eux de l’extérieur de leurs quartiers qu’il semblait judicieux de parler, comme dans un jeu de miroirs, à la fois de leur regard, ce que font entre autres leurs images, mais aussi du regard qu’on porte trop souvent sur eux, depuis La ville d’à côté.

Les dessins et les photographies sont présentés de manière à traduire les ambiances que nous avons vécues avec ces jeunes mais aussi les propos qu’ils ont tenus à propos de ces ambiances. Les ambiances mais aussi la discrimination, les réponses qu’ils proposent devant la discrimination, leurs actions et leurs espoirs. Des allers-retours ont été nécessaires de notre part entre les dessins, les photos, les entretiens réécoutés, afin de traduire au mieux possible ce qu’ils nous ont transmis. Cette traduction, on le verra, comporte certaines caractéristiques. Exception faite de certains dessins non terminés faute de temps, tous ont été retenus et organisés de manière thématique. Autour des thèmes qui ont été dégagés des dessins, des photographies des lieux, pour la plupart issues des marches mais pas exclusivement puisque Port-au-Prince ne fut pas accessible de cette manière, ont été sélectionnées. Nous disposions de très nombreuses photographies, et ce fut un choix difficile. Nous avons voulu au maximum faire écho aux dessins, un peu comme si les photos venaient expliciter par l’image les dessins. Nous voulions aussi inclure celles fournies par les jeunes : on les retrouve pour la plus grande part dans cette exposition et qui les identifient de manière collective. Les allers-retours entre toutes ces images et les photographies ont permis la sélection des propos, sélection qui fut la nôtre. Probablement imparfaite, cette sélection, nous l’espérons, traduit pour la plus grande partie ce que les jeunes ont voulu nous transmettre.

L’examen attentif de l’exposition reflète certains manques. D’abord certaines photographies n’ont pu être produites par certains jeunes comme ce fut le cas dans les bidonvilles de Port-au-Prince, et d’autres n’ont pu être partagées, celles des jeunes filles de Grigny. Non pas que cette question évoquée par ces jeunes filles des craintes de harcèlement fut unique au cas français, puisque partout les jeunes filles ont fait part des mêmes préoccupations de peur de harcèlement sur les réseaux sociaux. À Grigny, cela est allé plus loin, jusqu’à cette demande de non-publication. On notera également le fait que certains dessins ne sont pas signés, en raison de certaines difficultés techniques rencontrées lors de leur identification de la part de l’équipe.

Un détail technique : les dessins comportent tous une sorte de césure en leur centre; les matériaux sur lesquels les jeunes ont travaillé devaient permettre une exposition dans des lieux concrets, et non pas strictement virtuelle. Les dessins devaient se croiser les uns avec les autres et entre les villes d’à côté. Nous n’avons pas effacé cette césure par un artifice technique, question de rester fidèle à ce que fut l’esprit de ce projet.  

Cette exposition répond finalement au désir de ces jeunes de mieux faire connaître leurs expériences, d’être appréciés à leur juste valeur et de se sortir de la culture dominante qui les enferme dans un regard qui contribue à la discrimination.

Cette exposition a été rendue possible grâce à l’appui du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) et du Fonds québécois de recherche société culture (FQRSC).

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